
Je n’étais pas très concentrée sur la position des adjectifs ce matin, et je me suis mise à penser que c’était vraiment du gâchis de faire des pseudo-fiches et des to-do-lists sur mon papier à lettre-low cost, même si c’était par flemme, puisque c’est le seul bloc accessible de mon lit. Je n’ai plus beaucoup de lettres à écrire en dehors des grandes vacances. C’est signe que tous les gens que j’aime sont revenus près de moi. On parle au lieu de se lire, on se donne rendez-vous au lieu de s’écrire, mais on annule parfois le rendez-vous, pour des raisons x ou y, alors qu’une lettre ne s’annule pas, au pire on la repousse de quelques jours. Perdre cette habitude de mettre en mots le quotidien désenchante le contenu-même des confidences qui pouvaient se faire sur le papier. Beaucoup de choses paraissent moins ridicules dans une lettre. Les impressions. Les micros-événements. Les leurres volontaires et acceptées comme tels, dont il faut se débarrasser, par la plume. Je m’éparpille beaucoup, mais ce sont des différentes façons d’écrire qui me permettent de me défaire de ces leurres et de certaines zones d’ombres. Il y a le journal tenu depuis l’enfance, le plus intime et le plus confus, la lettre, le journal de bord et ses collages bordéliques, et puis le blog, que je délaisse, méprise et reprends avec plaisir. Où je n’ai écris que très peu sur le mode de l’impulsion et de la précipitation, d’où l’aspect inachevé et brouillon. Où on écrit aussi pour être lu, ce qui complique toujours la tâche. Le journal, je l’écris contre moi, et finalement c’est plus simple d’y prendre les choses à bras le corps, c’est cru et ça fait du mal en le relisant. La lettre est plus douce, on sélectionne dans le même magma, les choses qu’on peut lui dire, avec la façon qu’on a de lui dire les choses. Cette vague façon, lorsqu’on commence à savoir de quoi elle est tissée, c’est d’une certaine façon le plus beau des compliments qu’on puisse adresser à cette amitié. On n’écrit jamais deux fois la même lettre, c’est plus tentant avec un mail. Alors avec G. on triche, on s’envoie des mails avec de belles pièces-jointes, puisque s’écrire quand on habite à vingt minutes l’une de l’autre est assez frustrant : le voyage de l’enveloppe est moins beau, car plus court, l’attente est la même malgré la relative distance, donc frustrante. La pièce-jointe à 3000 mots, quand le virtuel essaye de pallier les manques du réel, finalement on s’en sort.
Ici aussi je m’en sors, et c’est tout ce que je demande.
Knowing Me, Knowing you, It's the best i can do ^^ Abba Forever
2 commentaires:
Le "portrait" que tu dresses de la Lettre - oui, avec un grand L - est tellement vrai, tellement réel, qu'il me donne l'impression d'être universel. Cela dit, je crois que la façon dont on voit une lettre diffère selon les personnes. Ici, je me retrouve dans ce que tu écris ^^ (J'aime les lettres et les cartes postales: elles sont bien plus qu'une saine occupation estivale...)
J'adhère à 100% au "culte" de la lettre comme tu le décris ^^
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