27/12/2008

Note légèrement désabusée, mal orthographiée, un poil aigrie, discordante et bordélique, ou la vie après la khâgne, ou regard sur le khâgneux,


On peut dire que le premier semestre est terminé, mon premier semestre, même si la treizième semaine, même si premiers partiels. Je ne dis plus à la fac, à la S*rb*nne, mais parfois chez nous et pas encore chez moi. Je n’ai pas vraiment eu de regrets, ce n’est pas de la fanfaronnerie, je ne me suis jamais dit « il n’est pas trop tard pour revenir là-bas » car c’était déjà là-bas, pas de sixième année sur les bancs de mon « lycée de filles » qui est une vraie malle à souvenirs, chaque galerie qui le relie – à ce qu’il parait^^- au ch*teau loge un véritable grenier des mes souvenirs les plus chers. Cependant je regrette de ne plus être une khârrée, assurément. Je n’ai pas très envie d’écrire ici les fous rires des premiers & la passion des derniers cours de philo, les imitations potaches, l’impression de former une communauté d’esprit & de me sentir gonflée par le grand vent des Idées, je les retrouve trop souvent dans mes lectures bloguesques : j’adore les blogs de khâgneux, enfin ça m’énerve de le penser mais c’est souvent un gage de qualité. J’en lis beaucoup trop, ça me rappelle des souvenirs. Parfois jusqu’au dégout, comme cette odeur de clémentine, qui ne devait appartenir qu’à mes CB, et qui est devenu un Topos du blog khâgneusement correct. Je me défais doucement de cette communauté à laquelle j’étais si fière d’appartenir, c’est un pas vers l’avant, un détour obligé par l’aigreur, avant de pouvoir examiner précisément ces deux années de pur enthousiasme et de sombres crises de nerfs au plus-que-parfait- j’ai à peine sauté le ruisseau, et j’aperçois de trop près encore les rives du Locus Khâgnosus, avec ses piles de copies doubles et de dictionnaires, ses bibliographies monstrueuses, ses stabilos hargneux et ses polys repoussoir, à peine illuminé par la force du Verbe et le Génie de l’Idée. L’herbe n’est pas plus verte de mon coté, je pense souvent que c’est l’âge- ma prof de Td nous a gentiment rappelé lors d’une correction de synthèse qu’avec nos vingt ans et nos cellules sur le déclin, nous allions avoir de plus en plus de mal à apprendre des citations- qui explique mon manque d’enthousiasme cette année. La fac, c’est différent, et ça remet les pieds sur terre. Je ne vais – ne veux- pas vous faire la liste de ce qui ne fonctionne pas à la fac, mais je ne peux pas m’empêcher de faire a posteriori celles des leurres des khâgneux. Il n’y a pas de demi- mesure en HK/K, c’est ce qui plait ou fait fuir. Ce n’est pas la formation du jeune HK, mais le caractère, l’éthos du HK/K qui me hérisse le poil. On en reconnait un au bout de deux lignes d’introduction dans un TD de lettres. Et ce n’est pas forcément flatteur. Enfin je ne voulais pas parler de l’ex-khâgneux, ce que je suis, mais de l’impression laissée par le khâgneux sur l’ex-khâgneux. Quand je lis certains blogs, certes je me fais du mal volontairement^^, j’ai l’impression d’y voir des toutes petites personnes, qui ont besoin de se dire qu’elles ont été choisies parce qu’elles le valent bien, au mieux, parce qu’elles sont meilleures, au pire. Je m’y perds moi-même avec tous ces superlatifs et autres comparatifs, mais ça résume bien le délire des grandeurs qui agite le khâgneux. J’étais fatiguée de voir ces égo sans fond s’entrechoquer pour pouvoir être le premier, même si je reconnais moi-même avoir parié sur des classements ou sur mon – piètre J- classement. Fatiguée de me battre pour rendre un amas surfaits de remarques usées et impersonnelles sur des textes si beaux ou si percutants, sans me rendre compte de la vanité de mes efforts. Pourtant le khâgneux passe son temps à dénigrer son propre travail, c’est son paradoxe : à mesure où il se plaint de la difficulté d’un beau sujet, de la sévérité d’un barème de notation, il grandit son effort, le rend héroïque parce que khâgneux. En fac, j’ai l’impression d’échapper à ce narcissisme de groupe, absence de groupe d’ailleurs, on donne rarement les écarts de notes qui font frémir le Khâgneux, absence de notes dans une autre mesure : on s’exerce peu en fac de lettres, mais lorsqu’on y passe, on exige de vous un devoir complet en une heure même si vous n’avez pas de table pour rédiger ce foutu exercice technique. Qui compte pour de vrai. Une heure. 60 min. c’était le temps que je prenais pour lire le sujet, le comprendre. On verra en janvier si la semaine de partiels est à la hauteur d’un CB complet. Mais justement j’en ai marre de comparer, de compter où l’on travaille le plus, où on a le plus de temps pour se cultiver. J’ai choisi de ne pas khubber sur un coup de tête, enfin un coup de tête préparé par un long prélude estival de délibération auquel j’ai convié tous mes proches, il y avait ceux qui pensaient que j’étais trop peureuse ou trop khâgneuse pour ne pas continuer, ceux qui m’encourageaient à les rejoindre, ceux qui ne donnaient pas leur avis sincèrement, et puis boom, comme une évidence*, je repassais mon jean à enfiler le lendemain pour aller khûber et je savais que je le savais depuis quelque temps. Je voulais voir ailleurs, ne pas prendre le risque de mal finir ce cycle, d’entacher ces deux années de ouf, prendre de minimes risques pour ne pas regretter mes vingt ans. Je verse dans le pseudo lyrisme, il est tard, j’ai peur d’être mal comprise comme d’habitude, mais je pense qu’il fallait figer cette agitation aigre qui bouscule la douce nostalgie de cette époque dorée. Je parlerais de la fac plus tard qui sait.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

euh les fautes je les corrige plus tard ou Loch me les reprochera ^^

Y. a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Y. a dit…

Le beau récit d'un deuil !

Preuve que la khâgne n'est pas tout à fait morte et ne le sera jamais, on parvient toujours à trouver un peu de soi dans les mots d'autres khâgneux d'autres prépas d'autres villes.

Et c'est ce qui fait la "magie" d'y être passé, "à la moulinette" même si... Même si maintenant, c'est autre chose.

Anonyme a dit…

Je ne te reprocherai pas tes fautes, parce que je n'y ai pas fait attention: j'ai été happée par le fond (une fois n'est pas coutume). Et puis j'aime tes phrases haletantes, qui nous tiennent en haleine et nous font ressentir un peu de ton vertige :) Tu t'es parfaitement fait comprendre, ne t'inquiète pas pour ça.
(Et puis, on est quand même bien à la fac, je trouve... dans mon cas, ça me fait apprécier mes cinq années privilégiées passées au lycée ^^)

Anonyme a dit…

C'est curieux, mais j'ai l'impression de partager ce sentiment - mitigé, sûrement, en aigre-doux, puisque je fais toujours partie de ce(ux) qui m'irrite(nt). Toujours khâgneuse, le khâgneusement correct commence à me lasser. Marre de me plaindre des listes de lectures, marre des "bons mots" des profs, marre des kh^ saupoudrés partout, marre de penser et travailler en fonction du concours, marre aussi de parler trop fort et d'un ton désabusé aux carrés comme si j'étais un viel vétéran. Et pourtant, je ne regrette pas ou plus d'avoir khûbé (quand même de temps en temps l'enthousiasme pour les textes et l'étincelle en pleine dissert). Ca ne sert à rien de vouloir à tout prix faire autre chose ; c'est à peine si je sais au juste ce qu'autre chose serait - la fac, oui, mais après, mais pendant, même ? Et je passe mon temps sur des blogs khâgneux. On mettra du temps à s'en défaire. Mais cet aigre-doux me conforte dans l'idée qu'il était inévitable et même indispensable de forger notre mythe khâgneux avec tous ses excès : cette année, sans ragots, sans grands fous rires, sans blagues insistantes, sans excès, est un peu morne. Ce doit être l'âge, comme tu dis, ce foutu pourtant jeune âge, qui fait perdre neurones, arabesques et goût des illusions. *un air funèbre serait ici bienvenu, ainsi qu'un tapis rouge qui conduirait à une orgie de bûche au chocolat et de macarons*